La tannerie constitue la première opération dans le traitement du cuir avant de le façonner pour produire les différents articles. C'est une activité connue depuis des siècles et elle s'est développée au temps des Amohades notamment à Marrakech et Fès.
Bien que des techniques plus récentes aient fait leur apparition, la tannerie traditionnelle existe encore dans la majorité des anciennes ville marocaines, le procédé le plus ancien est le tannage végétal des peaux.
Il est effectué principalement à l'aide de produits végétaux naturels : écorce mimosa, écorce chêne liège, écorce de grenadine, takaout, son, farine, fiente de pigeon, huile vierge,... ayant des propriétés particulières pour transformer une peau brute en cuir fini.
Actuellement, les peaux sont principalement traitées au chrome. Ce procédé utilisé avec succès depuis le début du siècle dernier confère au cuir des propriétés très intéressantes. Le cuir tanné au chrome a rapidement pris un place importante dans la production des cuirs pour dessus de chaussures.
Les tanneries ont un impact particulièrement sévère sur la qualité de l'eau, si leurs rejets sont envoyés à l'égout sans traitements. Elles déversent en effet une grande quantité de produits biodégradables (protéines, graisses) mais aussi des déchets difficilement dégradables, et des produits toxiques, dont le plus grave est le chrome utilisé de manière très étendue pour le tannage des peaux.
Le travail artisanal
est une branche de l'activité humaine basée sur l'outil
comme instrument principal utilisant l'énergie humaine. La
tannerie en particulier est l'une des activités les plus
importantes dans l'artisanat marocain traditionnel. Cette importance
vient de ce que le Maroc a toujours été un
grand pays d'élevage et que ses forêts fournissaient
aux artisans les produits tannants et colorants.
Parmi les principaux centres artisanaux de la tannerie, on cite
Marrakech, Beni Mellal, Rabat. Fès est le centre le plus
important et le plus réputé. Les peaux traitées
par les tanneries artisanales sont d'origine nationale. La collecte
est faite par des acheteurs ambulants qui parcourent les souks puis
les peaux brutes sont acheminées vers les marchés
des villes où elles sont achetées soit par les coopératives
d'approvisionnement soit par les artisans tanneurs
.
Les
tanneries à Fès se répartissent dans différents
quartiers . Mais, elles sont toujours aux environs immédiats
de sources d'eau. Il est primordial que l'écoulement
d'eau soit constant d'utilisation facile pour deux raisons : elle
approvisionne les divers bassins dans lesquels les tanneurs, trempent
les peaux au cours de leurs préparations et elle assure le
déversement des résidus qui en proviennent.
Une tannerie englobe essentiellement une aire découverte
de dimensions variables suivant l'importance de la tannerie. Elle
prend des formes diverses. L'aire de la tannerie est creusée
de bassins servant pour le brossage et le rinçage des
peaux et des fosses destinées aux bains dans lesquels
elles séjournent.
La préparation
des peaux comporte une série d'opérations compliquées.
Elle nécessite un travail de longue durée variant
selon le genre de peaux qu'on a à traiter. Il existe trois
types de peaux : ovin (mouton), bovin (vache) et caprin (chèvre).
La durée de chaque opération change selon les saisons.
Les peaux qui exigent la préparation la plus minutieuse sont
celles de caprins.
Elles sont achetées au souk, apportées à la
tannerie revêtue de poils, mais elles peuvent être fraîches
ou salées. Dans le premier cas, elles sont achetées
à la sortie de la boucherie et le salage s'effectue à
la tannerie. Les peaux sont salées des deux côtés,
étendues en plein soleil et la couche de sel est appliquée
vigoureusement par frottage avec la main pour faciliter la pénétration.
Le sel qui fond est remplacé par une nouvelle couche, l'opération
dure trois à quatre jours.
Quand les peaux sont sèches, on les plie en quatre et on
les empile soit dans un coin de la tannerie, soit dans les magasins
ateliers. Si au contraire, elles ont été achetées
au souk après salage et séchage, on les emmagasine
directement. La première opération faite pour ces
dernières est le lavage.Cette
étape consiste à la mise des peaux au reverdissage,
c'est-à-dire dans un bain destiné à les débarrasser
des impuretés, du sel employé au début pour
les conserver, et aussi à les faire grossir et gonfler légèrement.
La durée de ce bain dépend des saisons, d'une nuit
en été à quatre jours en hiver par temps froid.
Après le lavage, les peaux de caprins sont prêtes à
subir la deuxième étape celle de la teinture.
L'opération
de teinture doit se faire soigneusement et attentivement
pour ne laisser échapper aucune partie, elle dure deux à
trois heures. Après quoi les peaux passent chez l'épileur qui à l'aide d'un couteau qu'il tient des deux mains, arrache
les poils de la toison tendue sur une perche appuyée contre
le mur. Ce travail d'épilage est effectué dans des
locaux spéciaux, disposés autour de l'aire centrale.
Au fur et à mesure que cette opération se poursuit,
il retire et fait glisser vers le haut la partie de la peau déjà
épilée, qui vient pendre entre le mur et la perche.Les
peaux ainsi épilées, sont plongées dans
des bassins à chaux remplis d'eau chargée de chaux
éteinte puis de chaux active et de chaux vive. Le patron
tanneur doit surveiller de très près la durée
de ces bains. Souvent, surtout l'été, il faudra se
lever la nuit pour aller retirer les peaux pour les épiler.
Les peaux devenues parfaitement nettes passent au lavage.Le lavage se
pratique de deux manières différentes : l'une moderne,
l'autre traditionnelle.
1- Les tanneurs plongent les peaux dans une machine électrique
qui 'effectue le lavage pendant un certain temps.
2- Les tanneurs étalent les peaux dans les bassins d'eaux
pour être progressivement purgées de la chaux qui les
a imprégnées au cours des bains précédents.
Elles subissent d'abord un lavage préparatoire de deux heures
dans le premier bassin puis elles sont jetées dans un second
plus profond où une équipe de deux ou trois ouvriers
descend pour les fouler méthodiquement, en rythmant leurs
efforts par une mélopée caractéristique. Ils
sont penchés en avant et prenant appui de leurs deux bras
sur la margelle du bassin. Ils plongent leurs pieds en cadence dans
les peaux qu'ils foulent et piaffent comme des coursiers impatients.
Les peaux évacuent leurs impuretés et les traces de
chaux qu'elles gardaient, le tout s'écoule avec l'eau puis
se renouvelle constamment. Cette opération dure environ trois
heures. Elle est fatigante.
A la sortie
du bassin ou de la machine, les peaux subissent l'action de bains
successifs et variés dans les fosses.
- Le bain de
fiente de pigeons sauvages. Les peaux y restent de quatre à
huit jours.
- Le bain
de son. Il s'effectue dans la même fosse seulement après
nettoyage. Les peaux y restent de 10 à 15 jours en été.
Ce dernier doit être très surveillé parce que
les peaux qui auraient été négligées
se troueraient rapidement.
Après séchage des peaux, les ouvriers procèdent à la teinture. Cette opération est pratiquée par les tanneurs eux-mêmes sur les terrasses. Les teintes employées sont en nombre extrêmement restreint. Les couleurs les plus fréquentes sont celle des babouches.Les tanneurs versent la peinture par petits jets sur la peau et l'étendent sur toute la surface côté fleur en frottant de la main pour la faire pénétrer, ensuite les peaux sont étendues sur la paille au soleil.
Après la teinture et le séchage, commencent les opérations successives d'assouplissement des cuirs, et le lissage avec un outil composé d'une lame de fer convexe sur une tige de bois laquelle est assemblée à une sorte d'arc en bois.
La peau est étendue en long et l'ouvrier travaille courbé constamment, appliquant contre sa poitrine l'arc en bois. De la main droite, il tient la manche en fer et de la gauche la peau qu'il tend pour l'assouplir. Le lissage se fait côté chair puis, il pratique le grainage côté fleur sur un petit dôme en terre cuite. La peau ainsi tannée, rendue à la fois souple et résistante peut être livrée à la vente. Ce sont les artisans babouchiers qui achètent ce genre de cuir pour la fabrication des babouches traditionnelles. Il peut aussi fabriquer d'autres articles : des sacs, des poufs, des portes monnaie.